COMMUNIQUE
DE PRESSE
(Le 05 Juin 2010 Pour diffusion immédiate)
Floribert Chebeya : Un Horrible Assassinat Qui Révèle
la Nature d’un Régime
Le corps de M. Floribert
Chebeya Bahizire, Directeur exécutif de l’organisation
de défense des droits de l’homme, La Voix des Sans
Voix (VSV), mort dans des conditions nettement suspectes, a été
retrouvé le mercredi 2 juin à Kinshasa, alors que
son chauffeur, M. Fidèle Bazana Edadi, est toujours porté
disparu. Le rapport de la police et les premières réactions
du gouvernement congolais montrent à la fois la mauvaise
foi d’un gouvernement « délétère
» et sa détermination à voiler son hideux
forfait à tout prix. Le moins que l’on puisse dire,
à ce niveau tout au moins, est que l’on a affaire
à Kinshasa à un gouvernement qui manque de crédibilité
et que l’on serait totalement dans l’erreur d’oser
lui faire confiance d’une manière ou de l’autre.
Devant ce crime odieux et totalement injustifié
et injustifiable, des condamnations ont justement fusé
d’un peu partout dans le monde, et nous devons applaudir
cette réaction de la communauté nationale et internationale
qui, en substance, en appelle à une enquête exhaustive
et transparente de la part du gouvernement congolais. Seulement,
Le gouvernement de Kinshasa n’a ni la crédibilité
ni la volonté de procéder à une enquête
indépendante, exhaustive et transparente d’autant
plus qu’il est en train de prendre la mesure de la portée
du crime odieux qu’il a commis. Si l’on veut vraiment
aider le Congo et éviter que d’autres crimes du genre
ne se reproduisent, c’est une enquête internationale
sous l’égide des Nations Unies et de l’Union
Africaine qu’il nous faut en la circonstance, ni plus ni
moins. En effet, il serait utile de se remémorer, en l’occurrence,
le fait que, depuis 2007, il y a eu un certain nombre des crimes
et des massacres commis par le gouvernement congolais et pour
lesquels les enquêtes menées avec le concours de
la MONUC n’ont mené nulle part. Il s’impose
aussi de considérer ici le fait que l’assassinat
de Floribert Chebeya et la disparition de son chauffeur, Fidèle
Bazana, n’ont été rendus possibles que par
le fait qu’au cours de trois dernières années
notamment, nous avons manqué de condamner avec force fermeté
les tortures, les viols et les exécutions sommaires auxquels
sont continuellement soumis des milliers des Congolais et des
Congolaises, simplement parce qu’ils refusent de se reconnaître
dans un régime qui les opprime et les enfonce dans la misère
et dans la dégénérescence, et qu’ils
choisissent de dire leur désaccord en usant justement de
la liberté d’expression que la Constitution leur
reconnaît. N’oublions pas non plus qu’en septembre
2008, dans la foulée d’une mascarade électorale
qu’elle avait perpétrée et soutenue deux années
plus tôt, la communauté internationale étonna
les Congolais et les amis du Congo dans le monde en choisissant
de mettre fin au statut du Rapporteur spécial pour les
droits de l’homme au Congo, alors même que l’on
prolongeait les autres mandats et que tout indiquait que l’on
devait s’attendre à une détérioration
de la situation des droits de l’homme au Congo. En effet,
comment aurait-on pu s’attendre à tout autre chose
que ce qui est en train de se passer au Congo en confiant le pouvoir,
absolu du reste, à des hommes qui n’ont en rien montré
qu’ils avaient ni une juste conception du pouvoir ni une
vision « élevante et relevante » de la société
? La communauté internationale se doit donc de faire amende
honorable et de se racheter en envoyant un message fort au gouvernement
de Kinshasa, et en lui faisant clairement comprendre qu’assez
c’est assez. Sinon des crimes odieux, les uns plus horribles
que les autres, tout comme celui que nous sommes en train de déplorer,
vont continuer à déferler sur le Congo.
En même temps que le Rassemblement pour une
Nouvelle Société (RNS) et moi-même présentons
toutes nos condoléances les plus émues à
la famille de M. Floribert Chebeya et à celle de son chauffeur,
M. Fidèle Bazana, notamment à leurs chères
épouses et à leurs pauvres enfants dont on a fait
si tôt inutilement des orphelins, lesquelles condoléances
s’adressent aussi au peuple congolais dans son ensemble,
je tiens à appeler mes compatriotes, tous les Congolais
et toutes les Congolaises où qu’ils se trouvent,
à se mobiliser fermement afin que le sacrifice de M. Floribert
Chebeya et toute son action en faveur des droits de l’homme
au Congo n’eussent pas été vains. Permettez-moi
en l’occurrence de demander à tous, Congolais et
Congolaises notamment, de méditer sur cette pensée
mémorable que le Révérend Martin Niemoller
nous a, dans la foulée de l’Holocauste, léguée
en 1945 :
« Ils vinrent d’abord pour les Communistes,
et je ne protestai pas,
car je n’étais pas un Communiste.
Ils vinrent ensuite pour les Juifs,
et je ne protestai pas,
car je n’étais pas un Juif.
Ils vinrent ensuite pour les Catholiques,
et je ne protestai pas,
parce que j’étais un Protestant.
Ils vinrent ensuite pour moi,
et, en ce moment-là,
il ne restait personne
pour parler pour moi. »
Certes, les Machiavéliques à Kinshasa
comptent sur la démobilisation progressive de l’esprit
humain pour endiguer la tempête qu’ils ont initiée
en assassinant Floribert Chebeya. Il importe donc que l’élite
congolaise et tous les hommes de bonne volonté dans la
communauté internationale continuent à s’intéresser
à ce dossier afin de s’assurer qu’il ne se
retrouve pas un jour aux oubliettes de l’histoire comme
tant d’autres crimes dont le Congo a tant souffert au cours
de son histoire. Nous devons d’ailleurs saisir cette malheureuse
occasion pour exiger la libération immédiate et
inconditionnelle de tous les prisonniers politiques et de conscience.
Leur place n’est sûrement pas en prison, mais dans
la société congolaise et au service de leur pays.
Ce ne sont pas des criminels.
Nous en appelons donc finalement à toute
la communauté internationale de traiter de gouvernement
paria, le gouvernement de Kinshasa, ce gouvernement qui a fait
de la corruption et de la violence une méthode de gouvernement
; et ce, pour autant et aussi longtemps qu’il n’aura
pas fait toute la lumière sur l’assassinat de Floribert
Chebeya et la disparition de Fidèle Bazana et qu’il
ne serait pas engagé à respecter les droits fondamentaux
des citoyens congolais, lesquels droits leur sont d’ailleurs
garantis par la Constitution de la République Démocratique
du Congo, laquelle Constitution fonde son pouvoir en temps que
gouvernement.
En ce début du 21ème siècle, aucun gouvernement
qui opprime son peuple, qui tue ceux-là dont il devrait
garantir la sécurité et la vie, ceux-là à
qui il devrait assurer la protection, le bonheur et la prospérité,
ne devra mériter notre considération.
Dr. Alafuele M. Kalala
Président/RNS