La
République Démocratique du Congo: Le temps de tous
les enjeux!
(Quelle constitution pour la République?)
Dr. Alafuele Mbuyi Kalala
Député
Assemblée Nationale, Palais du Peuple
Débat général sur l'avant-projet de constitution
Kinshasa, le jeudi 31 mars 2005
Monsieur le
Président,
Honorables Députés et chers collègues,
C'est avec un coeur plein d'angoisse que je me présente,
en ce moment-ci, devant vous pour partager avec vous ces quelques
réflexions sur le texte d'avant-projet de constitution
que le Sénat nous a fait parvenir et sur ce que devrait
être la prochaine constitution de la République Démocratique
du Congo.
Mon coeur est tout gros, tout lourd et tout plein d'angoisse,
car les enjeux sont énormes et que le destin du Congo et
l'avenir de son peuple gisent entre vos mains. Mon angoisse est
que nous ne soyons pas en mesure de nous mettre à la hauteur
du défi et de répondre aux attentes d'un peuple
qui a tant souffert au cours du siècle qui vient de se
terminer et qui continue d'ailleurs encore à le faire.
Le samedi 19 mars, à un séminaire que l'Institut
Panos de Paris avait organisé sur la formation des formateurs
qui devraient encadrer les journalistes en période électorale,
répondant à la question de savoir ce qui se passerait
si la population rejetait la constitution, un expert belge d'origine
congolaise qui a travaillé avec la Commission constitutionnelle
du Sénat, a répondu avec un cynisme révoltant,
disant en substance ce qui suit: "D'abord, ils (les Congolais)
vont voter sur un texte qu'ils ne comprennent pas. Ensuite, toutes
les dispositions ont été prises pour que les Députés
soient obligés de voter le texte qui va sortir du Sénat."
Ces propos reflètent à la fois, non seulement un
mépris pour le peuple Congolais et pour la Constitution
de la transition qui, aux termes de l'Art. 98, donne à
l'Assemblée nationale le mandat d'adopter le projet de
constitution à soumettre au référendum, mais
aussi une insulte à l'intelligence et à la probité
des représentants du peuple que vous êtes. J'ose
donc espérer que vous saurez relever ce défi et
montrer à notre peuple que vous pouvez défendre
ses intérêts et garantir l'avenir de ce pays.
Comme tout le monde le sait, un avant-projet est un brouillon,
une rédaction provisoire. Il vous revient donc d'examiner
soigneusement le texte que le Sénat nous a transmis et
d'y apporter toutes les modifications nécessaires. N'ayez
donc pas peur que l'on dise que vous êtes en train de tout
réécrire, car c'est à vous et à vous
seuls que revient effectivement le pouvoir de le faire. D'ailleurs,
le texte du Sénat présente tellement de lacunes
aux niveaux du fonds et de la forme que manquer de le retravailler
serait pour nous démissionner devant nos responsabilités,
rendre un mauvais service à la nation et compromettre l'avenir
de notre peuple avec force nonchalance.
Il y a trop de choses à dire et à redire sur le
texte que le Sénat nous a présenté. Mais,
par économie du temps, je m'en vais ici vous présenter
rapidement mes préoccupations les plus importantes :
1. Sur le plan du fonds :
a) La philosophie même qui a présidé à
la rédaction de l'avant-projet au niveau du Sénat;
celle, comme nous l'a révélé le Président
du Sénat avant-hier, d'un compromis politique, dans le
chéminement net de la Constitution de la transition et
de l'Accord de Prétoria du 17 décembre 2002. Une
telle philosophie est sans nul doute aux antipodes de l'esprit
même des négociations politiques inter-congolaises
et de l'accord politique auquel elles ont abouti. En effet, dans
la mesure où elle est appelée à mettre fin
à la transition et à remplacer la Constitution de
la transition, qui est, elle, une constitution circonstantielle
basée sur un compromis politique, la nouvelle constitution
se doit d'être un instrument permanent de stabilité,
et non de stabilisation, et partant, la pierre angulaire d'une
société démocratique et d'un État
de droit. Elle ne saura, certes, pas assumer un tel rôle
si elle s'imprègne encore du caractère nettement
circonstantiel d'un compromis politique.
b) L'impertinence des résultats de la fameuse consultation
nationale sur lesquels ils ont, comme ils nous l'ont, eux-mêmes,
décrit avant-hier, fondé l'essentiel de leur démarche
et de leur détermination sur les options les plus fondamentales
de la constitution. Incontestablement, nul ne saura attacher la
moindre valeur, ni scientifique ni juridique, à la soi-disant
"consultation nationale", laquelle, en termes d'enquête
sociologique, péche par plusieurs faits et présente
des lacunes notoires à plusieurs niveaux : qualification
des enquêteurs, questions de méthodologie, problèmes
d'échantillonnage, variabilités internes et variabilités
inter-groupes, pertinence du questionnaire, interprétation
des résultats, fiabilité, tests de validité,
etc., etc.
c) L'on a beaucoup de peine à dégager, ni dans l'exposé
des motifs, ni dans le préambule, ni dans le corps du texte,
les principes fondamentaux qui ont présidé à
la rédaction de cette proposition de constitution. L'on
a le sentiment, en lisant le texte, que les Sénateurs ont
navigué à vue. Et pourtant, une bonne constitution
doit s'écrire à partir d'un certain nombre de principes
qui doivent encadrer et orienter l'ensemble du projet. Pour ma
part, je vous propose de tenir compte de dix principes suivants:
- De la souveraineté du peuple;
- D'Ordre;
- De pondération des pouvoirs;
- De liberté vraie;
- De respect sincère et profond du droit;
- De reconnaissance du pouvoir comme la première et la
plus importante des ressources collectives;
- De société d'institutions;
- De nécessité de garde-fous à tous les niveaux
du pouvoir;
- De gestion transparente du pouvoir; et
- De recherche permanente de l'excellence.
Alexis de Tocqueville mentionne les cinq premiers principes dans
son célèbre ouvrage, devenu classique, "De
la démocratie en Amérique". Des principes deux
à quatre, il dit emphatiquemet qu'ils "sont
indispensables à toutes les Républiques, qu'ils
doivent être communs à toutes, et que l'on peut dire
à l'avance que là où ils ne se rencontreront
pas, la République aura bientôt cessé d'exister".
Je crois que c'est ça qui s'est passé dans l'histoire
du Congo: Ces principes ont été totalement absents
et continuent, d'ailleurs, à l'être. Les cinq derniers
principes sont notre propre contribution déduite du fonctionnement
des Républiques et des démocraties les plus avancées,
les plus réussies et les plus performantes.
d) La présence des erreurs matérielles dont je dégagerai
les deux les plus importantes:
- La méconnaissance du régime présidentiel
qui implique une nette séparation des pouvoirs, laquelle
méconnaisse a amené le Sénat à se
méprendre sur le régime présidentiel et à
le confondre avec le régime autocratique qui lui implique
une confusion des pouvoirs. En effet, c'est une insulte aux démocraties
qui ont pu endiguer la tyrannie en optant pour le système
de séparation des pouvoirs appelée "régime
ou système présidentiel", que le Sénat
ait pu qualifier, de "régime présidentiel dur
et pur", la dictature de M. Mobutu; une dictature au cours
de laquelle l'on alla même jusqu'à dire que la parole
du président de la République avait force de loi.
Que l'homme de la rue au Congo le dise, ça peut se comprendre.
Mais, que notre Sénat le fasse, avec toute la cohorte d'experts
internationaux qui l'ont assisté, inquiète fortement!
Le régime de M. Mobutu était un régime autocratique
et non présidentiel.
En tout cas, point n'est besoin de dire ici que le régime
qu'ils qualifient d'hybride, quand bien même ce mot reflète
par moments, et à juste titre d'ailleurs, "des éléments
différents anormalement réunis", le régime
sémi-présidentiel est totalement inadapté
à notre pays, à sa culture et à ses hommes.
Ce régime qui implique la collaboration des pouvoirs créera
plus de problèmes pour le pays qu'il ne permettra d'en
résoudre. Evidemment, la collaboration des pouvoirs n'a
jamais marché dans ce pays et ne marchera pas. On l'a tenté
à plusieurs reprises depuis 1960 et l'on est en train de
le tenter en ce moment. Ça ne marche pas, et ça
n'a marché à aucun niveau, de l'espace présidentiel
à l'échelon le plus bas. La culture congolaise,
actuelle en tout cas, et l'homme qu'elle a produit, dépourvu
pour l'essentiel du sens de l'intérêt général
et fondamentalment focalisé sur ses intérêts
personnels immédiats, ne s'y prêtent pas. Pourquoi
alors continuer à essayer une récette qui n'a jamais
marché et qui ne présente aucune chance de marcher?
Cela me dépasse et doit dépasser la raison de quiconque
veut réellement aider ce pays à aller de l'avant.
Qui plus est, la possibilité inévitable que ce "régime
hybride" contient d'une dissolution éventuelle du
Parlement par le président de la République - laquelle
possibilité est toujours, dans l'histoire du monde comme
ça l'a d'ailleurs été dans notre propre histoire,
le premier acte dans le renforcement des velléités
dictatoriales - ne permettra pas à notre pays de conjurer
à jamais le spectre de la tyrannie.
D'ailleurs, le constituant ne nomme généralement
pas le régime qu'il forme, car les épithètes
peuvent toujours être une source de confusion et de malentendus.
Le constituant se contente de décrire les pouvoirs, d'en
assurer la distribution et la relation entre eux, en vue de résoudre
un certain nombre de problèmes et d'atteindre un but bien
déterminé, tout en laissant au politicologue le
soin de nommer, de manière plus ou moins appropriée
ou non, le montage auquel il aura abouti.
Après avoir analysé les réalités actuelles
et l'histoire politique de notre pays et fort de notre expérience
du monde, nous vous disons, sans ambages, sans la moindre hésitation
et sans nul doute, que le régime de la séparation
des pouvoirs, appelé à tort ou à raison "système
présidentiel", est, en l'occurrence, le régime
le plus approprié pour notre pays, un pays qui n'a connu
qu'instabilité sur instabilité dans toute son histoire.
Il est, en effet, le seul régime politique qui permettra
de stabiliser ce pays et d'endiguer les velléités
totalitaires des uns et des autres. Contrairement à ce
que d'aucuns pensent, le régime de la séparation
des pouvoirs est le seul qui produit un parlement fort et un président
relativement faible, car il restreint celui-ci au domaine de l'exécutif
exclusivement en même temps qu'il le tient sous contrôle
avec un parlement fort qu'il ne peut dissoudre. Par contre, qu'il
s'agisse du régime parlementaire ou du régime sémi-présidentiel,
le pouvoir de dissoudre le parlement que le chef de l'État
détient inéluctablement, dans l'un ou l'autre de
ces régimes, est une arme redoutable qu'il peut toujours
user à son avantage et qui le renforce inévitablement
vis-à-vis du parlement sur lequel il (le pouvoir de dissolution)
pèse constamment comme une épée de Damoclès.
Réfléchissez un instant à l'allure que la
transition aurait dû prendre si ce parlement, le nôtre,
pouvait être dissout par le chef de l'État, et vous
comprendrez nettement la portée des enjeux sur ce point.
Je vous prie donc, avec force insistance, de méditer profondément
sur cette question avant de vous décider dans un sens ou
dans l'autre. Je n'hésiterai pas à dire qu'il s'agit
ici, peut-être, de la décision la plus importante
que vous allez prendre et qui va déterminer l'avenir de
ce pays de la manière la plus profonde.
- L'opposition (implicite) de "l'unitaire" au fédéral,
laquelle opposition donne naissance à un néologisme
incongru "État unitaire décentralisé".
L'État est unitaire par essence et il ne sert donc à
rien de le qualifier d'unitaire et ce, dans la mesure où
l'unitarisme ne s'oppose qu'au séparatisme qui, lui, implique
la disparution même de l'unité que constitue l'État.
L'État est donc soit centralisé soit décentralisé,
et c'est là que doit se concentrer l'essentiel de nos préoccupations,
en acceptant en l'occurrence que le fédéralisme
est une décentralisation et non un séparatisme.
En effet, Le Robert, qui est, avec Le Littré, l'un des
meilleurs dictionnaires de la langue française, dit du
fédéralisme qu'il est le "Système politique
dans lequel le gouvernement central d'un État (gouvernement
fédéral) partage avec les gouvernements des collectivités
qui forment cet État les diverses compétences constitutionnelles
: législation, juridiction et administration. Dans le fédéralisme,
le gouvernement central se réserve l'exercice exclusif
des compétences d'ordre international." Historiquement,
d'ailleurs, le fédéralisme a renvoyé au projet
de décentralisation de la France soutenu par les Girondins
à partir de 1789.
Il est donc fort regrettable de constater qu'en dépit de
la faillite manifeste d'une gestion paternaliste centralisée
quasi-coloniale au cours de quarante dernières années
et en dépit d'une tendance généralisée
dans le monde vers la décentralisation, le Sénat
ait manqué d'opter clairement et d'une manière nette
pour la responsabilistion du citoyen, c'est-à-dire pour
une décentralisation effective des pouvoirs, du pouvoir
de décision, au profit des provinces et des entités
territoriales locales, laquelle responsabilisation est, du reste,
une condition sine qua non d'un développement robuste et
durable.
C'est vrai qu'il existe des sociétés centralisées
développées. Mais, ce que l'histoire nous apprend
aussi est que les sociétés les plus développées
sont celles fédérales et que la corruption dans
un système centralisé a un impact plus profond et
plus destructeur sur l'ensemble de la société que
dans un système fédéral. En effet, en la
matière, rien ne se mesure au dynamisme qui résulte
de la libération et de la mobilisation des énergies
individuelles lorsque le citoyen est responsabilisé dans
sa vie quotidienne, là où il vit, se débat,
aime et meurt!
Quant au mythe selon lequel la fédéralisation est
susceptible de menacer l'existence de l'État, Alexis de
Tocqueville le fait éclater en démontrant que la
fédéralisation renforce davantage l'État
en y rattachant davantage l'administré devenu citoyen,
et ce, dans la mesure où il y retrouve finalement un cadre
de l'épanouissement de ses intérêts. Il dit
ceci en substance, encore une fois dans la "Démocratie
en Amérique": "Il arrive souvent, en Europe,
que les gouvernants eux-mêmes regrettent l'absence de l'esprit
communal ; car tout le monde convient que l'esprit communal est
un grand élément d'ordre et de tranquillité
publique; mais ils ne savent comment le produire. En rendant la
commune forte et indépendante, ils craignent de partager
la puissance sociale et d'exposer l'État à l'anarchie.
Or, ôtez la force et l'indépendance de la commune,
vous n'y trouverez jamais que des administrés et point
des citoyens". Et plus loin, il ajoute: "Le gouvernement
fédéral confère de la puissance et de la
gloire à ceux qui le dirigent ; mais les hommes auxquels
il est donné d'influer sur ses destinées sont en
très petit nombre. La présidence est une haute magistrature
à laquelle on ne parvient guère que dans un âge
avancé ; et quand on arrive aux autres fonctions fédérales
d'un ordre élevé, c'est en quelque sorte par hasard,
et après qu'on s'est déjà rendu célèbre
en suivant une autre carrière. L'ambition ne peut pas les
prendre pour le but permanent de ses efforts. C'est dans
la commune, au centre des relations ordinaires de la vie, que
viennent se concentrer le désir de l'estime, le besoin
d'intérêts réels, le goût du pouvoir
et du bruit ; ces passions, qui troublent si souvent la société,
changent de caractère lorsqu'elles peuvent s'exercer ainsi
près du foyer domestique et en quelque sorte au sein de
la famille."
e) Une tendance malheureuse à la personnalisation de la
constitution, en violation flagrante du principe du caractère
impersonnel de la constitution, laquelle violation ne manquera
pas, si elle est maintenue par l'Assemblée nationale, de
condamner la future constitution, ou ce qui va ressembler à
une, à un rejet ou à une révision ultérieurs
inévitables, et ce, dans la mesure où tout
ce qui est taillé à la mesure des hommes finit toujours
par passer avec les hommes.
Quoi donc de plus étonnant et de plus inquiétant
que de voir mention faite de sénateurs à vie, en
dépit de tout ce qu'ils auraient ou n'auraient pas pu faire
et au mépris total du mandat qui devrait être celui
du sénat de représenter les collectivités
territoriales qui composent l'État et non, quel que soit
le mérite personnel de ceux qui sont concernés,
de donner cours à une aristocratie! Si j'étais à
leur place, je m'y opposerais d'ailleurs, car la question que
l'on doit se poser, en l'occurrence, est de savoir si nous sommes
en train de vouloir fonder une démocratie, une véritable
démocratie, une aristocratie ou une oligarchie dans ce
pays. Qu'on nous le dise!
Quelle n'a donc pas été aussi notre surprise de
voir la confusion autour de la majorité politique progressive
en rapport avec le poids croissant des responsabilités
à assumer dans les affaires de l'État! En effet,
après avoir admis la nécessité d'une majorité
électorale, après avoir fixé à 25
ans l'âge de la majorité politique pour représenter
un groupe de ses concitoyens et à 40 ans celui de la majorité
politique pour représenter les intérêts d'une
entité territoriale quelconque, il est difficile de comprendre
la confusion tant autour de l'âge de la majorité
politique pour présider à la destinée du
peuple congolais qu'autour des exceptions que l'on veut introduire
à ce propos, et ce, quelle que soit la manière dont
on se serait acquitté des responsabilités antérieures.
Certes, en la matière, il y a deux systèmes dans
le monde: Celui, plus ancien, qui consiste, en tenant compte de
l'environnement culturel propre à chaque société
et de la courbe de maturation des citoyens, à définir
une majorité politique progressive en rapport avec le poids
croissant des responsabilités dans les affaires de l'État;
et celui, plus moderne, qui est contenu, par exemple, dans la
Constitution sud-africaine et qui consiste à affirmer simplement
que tout citoyen qui est éligible à voter est éligible
au vote de ses concitoyens.
De grâce, faisons honneur à notre pays et à
nous-mêmes. Choisissons l'un ou l'autre de ces deux systèmes,
mais ne les mélangeons pas! Le plus important, après
tout, est que nous fassions tout ce qui est en notre pouvoir et
que nous donnions le meilleur de nous-mêmes pour nous assurer
que les prochaines élections seront libres, transparentes,
et crédibles, et surtout aussi que les résultats
qui seront annoncés correspondront exactement aux choix
du peuple, car, comme Staline l'a dit, celui qui décide
finalement ce n'est pas celui qui vote, mais bien celui qui compte
les voix, et je dirai même celui qui annonce les résultats.
Nous en savons bien tous quelque chose, en Afrique surtout!
f) L'absence d'une expression claire du mandat du sénat
et de la raison qui motiverait l'élection de ses membres
au suffrage indirect.
g) L'absence d'une volonté réelle de démocratiser
le pays en élevant les langues nationales au niveau de
langues officielles, afin de permettre ainsi au peuple de s'approprier
la constitution et la loi dans ses propres langues.
h) Le recours à des expressions incorrectes, générales
et imprécises, telles : "entités décentralisées,
"représentation équitable", "la liberté
est la règle, la détention l'exception", etc.
La consitution mérite d’être la plus précise
possible.
i) Le pullulement des références à des lois
inférieures, inexistantes ou non spécifiques, lesquelles
références sont susceptibles de vider la constitution
de son contenu, soit parce qu'elles l'assujetissent à de
vieilles lois, devenues peut-être anachroniques, ou que
la promulgation des lois appropriées tardera à se
matérialiser.
La constitution d'un pays, la loi suprême ou la loi des
lois, se doit d'affirmer le fondamental et l'inaliénable,
tout en investissant l'institution législative du pouvoir
de passer des lois utiles, "nécessaires et convenables",
lesquelles lois devraient cadrer nettement avec ce qu'elle (la
constitution) a prescrit.
j) Le classement du Chapitre relatif au "Pouvoir législatif"
après celui consacré au "Pouvoir Exécutif",
foulant ainsi au pied le principe de la souveraineté populaire
qu'ils (les sénateurs)ont affirmé, avec emphase,
à l'alinéa 1er de l'Art.5 de leur avant-projet et
en opposition avec toutes les constitutions démocratiques
du monde. J'ai beaucoup de peine à comprendre cela, à
moins d'accepter qu'ils (les Sénateurs) ont été
distraits et qu'ils se sont laissés entraînés
par les anomalies de la Constitution de la transition qui, comme
le Président du Sénat nous l'a révélé
avant-hier sans ambages, leur a malheureusement servi de matrice.
k) La volonté d'abolir l'Observatoire National des Droits
de l'Homme dans un environnement de violation chronique des droits
de l'homme, alors même que, si notre préoccupation
majeure est réellement de fonder une société
démocratique et un État de droit, les pouvoirs et
les prérogatives de cette institution devront par contre
être renforcées, afin d'aider notre pays à
développer progressivement une véritable culture
de respect et de promotion des droits de l'homme et de la dignité
humaine.
2. Sur le plan de la forme :
a) Le texte contient nombre de détails inutiles qui relèvent
plus des lois ordinaires que de la constitution, lesquels détails,
outre le risque qu'ils font courrir au texte d'être inutilement
incomplet, nuisent plus à l'essence du texte qu'ils n'en
ajoutent en précision.
b) La présence malheureuse dans le texte de nombreuses
imperfections et imprécisions de style, lesquelles ne peuvent
qu'affecter négativement la valeur qui devrait être
celle d'un texte du genre.
c) L'absence d'une structuration logique et rationnelle du texte,
laquelle structuration aurait pu accentuer la valeur du document.
Il importe, en effet, de procéder au regroupement approprié
et condensé des dispositions similaires ou connexes.
Monsieur le Président,
Honorables Députés et chers collègues,
Il y a plus d'un an, en ce même endroit, je vous avais rappelé
ce qu'en octobre 1776, au plus fort de la guerre civile américaine
et alors que les troupes de George Washington étaient menacées
de déconfiture, Thomas Paine, dans un essai écrit
largement à l'intention des hommes de George Washington
et intitulé "La Crise", avait ponctué
: la tyrannie, comme l'enfer, ne se laisse pas conquérir
facilement("Tyranny, like hell, is not easily conquered").
Je vous avais dit aussi que, bien avant d'avoir lu "La Crise",
nous avions, dans une plaquette intitulée "Zaïre:
Genèse et Déclin du Maréchal Mobutu. Un essai
d'explication", écrit, comme mise en garde aux Congolais,
que les dictatures ont la peau dure. En effet, l'on sait pertinnement
bien que, généralement dans l'histoire, à
l'émancipation des esclaves, les esclaves ont toujours
peur de la liberté. Ils n'y sont pas habitués et
ils ne savent pas très bien quoi en faire. La nôtre
est une longue histoire de privation de liberté et peut-être
que la liberté nous fait peur quelque part.
Mettons toutes nos peurs de côté et ressourçons-nous
à l'histoire de l'humanité. Osons affirmer effectivement
le droit à la liberté et affirmer la souveraineté
de notre peuple, non seulement dans un article, mais à
travers tout le texte de la constitution!
La prochaine constitution, qui ne saura être ce texte que
le Sénat nous propose - un texte qui n'est pas bon et qui
n'aurait même pas été adopté dans les
formes prescrites par le Règlement intérieur du
Sénat - doit être une cassure, une rupture totale
avec notre passé, le passé dictatorial, tyrannique,
paternaliste et infatilisant qui a tué ce pays et qui a
abruti notre peuple.
Mettons-nous donc au travail, avec diligence, mais sans précipitation
indue, et en respectant scrupuleusement notre prore Règlement
intérieur - sinon quelle sera la valeur d'un texte que
l'on adopterait en violant notre propre Règlement intérieur,
comme il nous arrive parfois de le faire - de manière à
produire un projet de constitution à soumettre au référendum
qui nous honore, qui honore notre peuple et qui soit susceptible
de rétablir ce pays dans toute sa grandeur! La vitesse
dévore le temps, dit-on! Ce projet de constitution est
la contribution la plus importante que ce Parlement, le nôtre,
va apporter à l'histoire de notre pays, et si nous faisons
ce travail consciencieusement, nous aurons payé notre tribut
à la postérité, légué un héritage
incommensurable aux générations futures et rendu
à notre peuple un service qu'il ne manquera pas d'inscrire
dans sa longue mémoire des choses.
Je vous laisse donc, chacun, avec votre responsabilité
devant vous-même, devant notre peuple et devant l'histoire.
Inutile de vous rappeler que les yeux de notre peuple et le regard
du monde sont, en ce moment, braqués sur nous.
J'ai dit et je vous remercie!