Le Docteur Alafuele Mbuyi Kalala
promène son regard sur la situation politique de notre pays !
Kinshasa, le 31 janvier 2005

1. La transition politique, avec son architecture institutionnelle de 1 + 4, est en train de vivre ses derniers jours. Pour beaucoup elle n’a été jusque-là qu’un gâchis tandis que pour d’autres elle est en voie de sauver la Rdc. Quelle en est votre lecture?

Sans vouloir ni faire de la démagogie ni tenter de plaire aux uns et autres - toutes des pratiques qui ne cadrent pas avec ma nature -, la transition politique en cours dans notre pays a été, à maints égards, plus un gâchis qu’une aubaine. Gâchage de temps, gâchage d’opportunité! Ce qui est triste et déplorable pour le Congo et pour son peuple est qu’il ne devait pas en être ainsi. Les choses auraient pu se passer différemment. La transition aurait dû jeter les bases d’une nouvelle société et d’une nouvelle République. Il n’en a été rien.

Les vieilles tendances (despotisme, personnalisation, népotisme, favoritisme, etc.) et les vieilles pratiques (mégestion, confusionnisme, concussion, corruption, bâillonnement, etc.), celles-là même que presque tout le monde avait tant décriées, ont resurgi quand bien même elles avaient été considérées toutes comme ayant présidé à la dégénérescence du pays.

A la place d’une dictature «unipersonnelle», c’est-à-dire centrée autour d’un seul maître-après-Dieu, l’on a assisté à un glissement vers une dictature polycéphale, tant les tendances des uns et des autres sont restées totalitaires dans leur essence, ou comme d’aucuns diraient, tant le jadis quasi-interminable règne de M. Mobutu a fait des Congolais presque tous des mobutus en puissance.

Le peuple lui-même, victime d’une culture paternaliste, parasitique et d’irresponsabilité qui plonge ses racines dans plus d’un siècle d’histoire sans véritable pratique politique, n’a fait que faciliter la tâche aux uns et aux autres. Sans nul doute, par manque de capacités et d’une culture organisationnelles, anémié par des décennies d’une tyrannie abrutissante et abandonné à lui-même qu’il est, le peuple n’a pas su, comme il l’aurait dû, utiliser l’espace de libertés que la Constitution de la transition n’avait pas manqué de lui dégager. L’on peut donc en un mot et sans devoir disserter dire que la transition a été loin, très loin même, de ce qu’elle aurait dû être.

2. Aujourd’hui, est-ce que vous avez de remords d’être compté parmi les signataires de l’Accord global et inclusif qui a donné naissance à l’actuelle transition?

Aucunement. La politique est l’art du possible. En signant l’Accord, nous avions fait ce qu’il fallait faire en ce moment-là. Nous aimerions d’ailleurs rappeler ici que nous avions signé l’Accord sous réserve. Notre réserve ne concernait pas une disposition particulière, mais le fait, et nous l’avions dit dans notre mot de la fin juste après la signature de l’Accord, que cet Accord risquait de ne pas aider le Congo à résoudre son problème politique cardinal, le problème de la légitimité politique, car c’était un accord tourné vers le passé et non vers l’avenir, en ce sens qu’en privilégiant les groupes belligérants, il consacrait plutôt, pour paraphraser Giambattista Vico, l’ère des bellicistes, celle-là même des destructeurs, au lieu d’ouvrir pour le Congo l’ère des politiques, celle des bâtisseurs, celle-là dont ce pays a effectivement besoin.
Je reste convaincu, aujourd’hui encore plus qu’hier, que ce fait a été l’erreur et la faiblesse cardinales des négociations politiques intercongolaises autant que de l’accord dont elles ont accouché.


3. Le député ou le sénateur, c’est selon, est considéré par l’opinion comme étant à la base du retard pris dans l’adoption du projet de Constitution et des lois référendaire et électorales. Qu’en dites-vous?

Sans vouloir disculper le Parlement, institution à laquelle j’appartiens, il m’est d’avis que, s’il faut parler de retard en la matière, les responsabilités sont partagées. Je commencerai d’abord par reconnaître qu’il y a, au niveau du Parlement, de gros problèmes d’organisation et de gestion (du temps) - et ce n’est pas pour la première fois que nous le disons - lesquels problèmes, qui ne sont pas le lot des parlementaires seuls, n’ont pas permis au Parlement de faire tout ce qu’il aurait pu faire dans le laps de temps qui s’est écoulé depuis son installation.

Cela étant, il faut aussi reconnaître que le Parlement n’a ni disposé de ressources matérielles nécessaires ni bénéficié de la collaboration du Gouvernement et d’autres structures politiques, notamment les Composantes, pour s’acquitter convenablement de la tâche qui lui a été assignée. Ici, c’est au gouvernement, entendez par là le pouvoir exécutif, et aux Composantes que je fais endosser la plus grande responsabilité, mais, à un degré moindre, au Parlement lui-même. Dans la mesure où, toute autorité budgétaire qu’il est, il n’a pas su faire preuve de toute la combativité et de tout le sérieux requis pour disposer des ressources nécessaires à l’accomplissement de sa mission.

D’aucuns seraient peut-être surpris d’apprendre qu’à ce jour, l’Assemblée nationale n’a jamais adopté son propre budget. Quoi qu’il en soit, il importe aussi de relever le fait qu’étant donné les difficultés matérielles auxquelles le Congo fait face aujourd’hui, l’immensité de la tâche dévolue au Parlement pour la période de transition n’était peut-être pas réaliste. Ni elle ni la durée de la transition n’ont été le résultat d’une analyse rationnelle. Nous avions d’ailleurs dénoncé ce fait aux négociations, car la durée de la transition nous avait paru, eu égard à l’immensité de la tâche à accomplir, fixée au pifomètre. Qui plus est, comme nous l’avions dit, au mois de décembre 2003, dans notre intervention au Parlement sur le programme du gouvernement, l’on a manqué, au début de la transition, de développer une vision programmatique de celle-ci, qui aurait permis d’examiner la possibilité d’accomplir le maximun dans le délai imparti et sans laquelle tout ce qui arrive aujourd’hui et que l’on décrie, à juste titre d’ailleurs, devenait inévitable.

Tout compte fait, ce Parlement a battu un record en matière de production législative. Il se peut que je me trompe. Mais, à mon avis, nul parlement n’a produit autant, en si peu de temps et avec si peu de moyens. J’ai même eu de sérieuses inquiétudes à ce propos, que le Parlement ait été transformé en une machine à produire des textes législatifs, avec le risque que les lois ainsi produites soient de mauvaises lois aussi bien sur le plan de la forme que sur celui du fond.

4. Quelles dispositions doit-on prendre au niveau du gouvernement et du parlement pour finaliser rapidement l’arsenal juridique indispensable à la bonne conduite du processus électoral?

Après discussion et analyse approfondies, le gouvernement et le parlement doivent, d’abord, adopter un calendrier réaliste, crédible et, surtout, programmatique, avec des indicateurs et des échéances d’évaluation précis. Un comité inter-institutionnel restreint d’évaluation et de surveillance du processus devrait aussi être mis en place.

Il est évident que, lorsque l’on navigue à vue, l’on ne peut qu’échouer dans des écueils. Ensuite, les problèmes logistiques, tels que le transport, la collation et les salles de travail, pour les parlementaires, doivent être résolus. Il ne fait point de doute que, si ces problèmes sont traités avec tout le sérieux qu’il faut - et c’est ici aussi un point que nous avons relevé depuis le début de la transition -, l’on pourra faire travailler les parlementaires d’arrache-pied, voire quinze à seize heures par jour. Evidemment, les échéances ne valent que ce que l’on accomplit dans les unités de temps qui les composent. Sinon, à la manière de faire les choses au Congo, même une éternité n’y pourrait rien.

5. Kinshasa a connu des semaines folles avec au menu des journées «ville morte» et des manifestations réprimées dans le sang. Fallait-il, selon vous, passer par là? Y avait-il une autre alternative à ce frémissement de la rue?

Les événements du 10 janvier dernier sont certes à déplorer, d’autant plus qu’il y a eu des morts, comme vous l’avez vous-mêmes si bien relevé. La population a le droit de manifester, et c’est un droit que la Constitution de la transition lui reconnaît. Mais, c’est la forme qui a été choisie - une manifestation non autorisée - et surtout la réaction - démesurée - des «forces de l’ordre» qui sont à condamner.

Toute vie humaine est précieuse et avant de choisir d’en sacrifier, toutes les autres alternatives possibles doivent, dans un cas comme dans l’autre, être explorées. Ces événements sont d’autant déplorables que l’on a dramatisé une situation qui n’aurait pas dû l’être. Un effort d’information et de formation du peuple sur le processus de la transition et ses enjeux aurait dû être initié depuis le début. L’on aurait sûrement pu éviter la surenchère à laquelle l’on a assistée sur les échéances électorales et sur leurs dates.

La population aurait dû et devrait comprendre qu’en elles-mêmes les élections ne sont ni une finalité ni une panacée. Surtout, les prochaines élections au Congo ne devraient être considérées ni comme un exercice ordinaire ni comme un événement banal. Elles sont un moyen et un instrument qui doit permettre de résoudre le problème de la légitimité politique au Congo et assurer l’avènement d’une nouvelle République. Mais, pour cela, pour que les prochaines élections congolaises soient non seulement transparentes et crédibles, mais aussi et surtout utiles, un certain nombre de conditions doivent être accomplies.

Des hommes politiques responsables devraient alors éduquer le peuple et l’orienter sur ce point, au lieu de manipuler ses peurs et ses frustrations, du reste tout à fait justifiées et justifiables. Il importe, à ce propos, de se rappeler, comme nous l’avons fait à maintes reprises, que, juste à côté, l’Angola, après avoir organisé des élections en 1994, attendit pratiquement une dizaine d’années pour connaître encore une autre possibilité d’accéder à une ère de paix. C’est là sans doute une leçon qui devrait nous intéresser, nous Congolais, pour autant que je reste convaincu que c’est là une expérience qu’aucun Congolais sérieux et qui aime ce pays n’aimera sûrement pas tenter.


6.Et quelles leçons en avez-vous tirées pour la suite du processus de transition?

Quant aux leçons que nous avons tirées de ces événements pour la suite du processus de transition, c’est d’abord la fragilité du processus lui-même qu’il faudrait relever. Tout est encore possible et tout peut basculer à n’importe quel moment et à partir de n’importe quel prétexte.

Il appartient donc aux hommes politiques congolais de faire preuve de suffisamment de maturité et de responsabilité politiques afin que ce processus puisse être mené à terme et à bon port, de manière à permettre à notre peuple de commencer à espérer en un avenir meilleur. Faire le contraire serait faire montre d’une irresponsabilité politique non seulement inacceptable mais totalement coupable.


7. Considérez-vous la déclaration, faite le jeudi 6 janvier à Rfi, par le président de la Commission électorale indépendante, l’abbé Malu-Malu, de «vouloir terminer toutes les élections fin octobre» comme étant la phrase qu’il ne fallait pas sortir?

Comme nous l’avons dit dans les jours qui ont suivi, y inclus dans les pages de ce même journal, la déclaration de M. l’abbé Malu-Malu, le président de la Cei, a été une méprise malheureuse. La Cei aurait dû d’ab&ord, et devrait encore, initier un débat sur les conditions essentielles pour l’organisation des élections, comme nous n’avons de cesse de le dire depuis, non seulement crédibles et transparentes, mais aussi et surtout utiles.

Il aurait ensuite attendu de faire, comme la Constitution et l’Accord le prévoient, un rapport détaillé et motivé au Parlement. Il nous est, en tout cas, d’avis qu’au cours du débat que la Cei aurait dû et devrait initier, tout autant qu’au cours de celui que le Parlement devra avoir sur la question, les esprits auraient pu et pourraient être préparés à pareille éventualité. Certes, l’on aurait donc pu éviter la surchauffe.

8. Alors que la question du calendrier électoral est réglée par l’Art. 196 de la Constitution de la transition, tout le monde ne semble pas en avoir la même interprétation ou le même entendement. A quoi doit-on alors s’en tenir?

L’on ne doit et ne devra s’en tenir qu’aux textes. Encore une fois, comme je viens de le dire plus haut, l’art. 196 de la Constitution et la Section IV de l’Accord sont clairs, très clairs. Quoi de plus étonnant que des hommes instruits puissent manquer d’avoir une même interprétation d’un texte aussi simple et clair. L’on ne devrait donc pas donner ni dans la mauvaise foi ni dans les intentions inavouées des uns et des autres.

Les textes, rien que les textes! Voilà ce qui nous permettra d’aider ce pays. Evidemment, comme je l’ai dit à plusieurs reprises à la tribune de l’Assemblée nationale, si, nous Congolais, nous ne développons pas la culture des textes, le respect des textes et de la procédure, nous devrons oublier tous nos rêves pour un État de droit et une société démocratique, car le respect des textes et le respect de la procédure sont le fondement de l’un et de l’autre.


9. Une certaine opinion accuse la classe politique congolaise d’exceller dans le mensonge, surtout depuis que la question du calendrier électoral focalise l’actualité nationale. Il lui est reproché de faire croire à la population que la transition prend fin le 30 juin 2005, faisant une exploitation malencontreuse de la crédulité de cette dernière. De quel côté vous trouvez-vous par rapport à ces récriminations?

J’ose profondément croire, sinon espérer, que ce jugement très sévère à l’égard de la classe politique congolaise n’est pas vrai. Si non, ce sera malheureux et extrêment grave et pour le Congo et pour son peuple. Sans nul doute, l’on ne peut rien construire de durable sur le mensonge, et l’on pourrait même penser que la classe politique congolaise serait alors frappée d’une myopie collective. Que l’on se souvienne un instant de ce qu’Abraham Lincoln a dit une fois : «L’on peut tromper tout un peuple quelques fois, quelques gens tout le temps. Mais, l’on ne peut pas tromper tout un peuple tout le temps».


10. Cette pensée célèbre s’illustre d’ailleurs avec force pertinence dans ce cas-ci. Si l’on a fait croire - à quelle fin et dans quel intérêt? - à la population congolaise que la transition prendrait fin le 30 juin, l’on s’est piégé soi-même et l’on a fait preuve d’irresponsabilité, non seulement politique, mais irresponsabilité tout court. Et ce n’est nullement cela une classe politique!
Que dites-vous à ces leaders politiques qui ne cessent de faire croire à la même population que rien ne se fait en vue de préparer et d’organiser les échéances électorales?


A ceux-là, je demanderai de passer le test de la sagesse pour mériter effectivement le titre de «leader politique» que le miséreux peuple du Congo leur reconnaît. Sont-ils en train de dire la vérité, et rien que la vérité ? Si oui, est-ce le meilleur service qu’ils rendent au pays et à son peuple de lui faire croire cela? N’y a-t-il peut-être rien d’autre, de mieux, qu’ils pourraient faire ou dire pour aider ce pays et son peuple? Au fait, que sont-ils en train de faire pour préparer ce peuple aux élections qu’il souhaite tant afin d’éviter qu’il ne coure le risque que l’on puisse, dans un proche avenir, dire «Après les élections égal avant les élections!» et qu’il ne puisse se retrouver dans une situation pire qu’avant les élections.

En tout cas, c’est bien d’exiger les élections, mais c’est encore mieux de les préparer et de s’assurer qu’elles vont être non seulement transparentes et crédibles, mais aussi et surtout utiles.

Indubitalement, si, outre leur dénonciation peut-être tout à fait fondée, ils se préoccupent aussi de cela et préparent le peuple dans ce sens, ils passeront sûrement le test de la sagesse et mériteront véritablement le titre de «leaders politiques».

La plupart des leaders politiques ont profité de ces moments de tourmente pour se rappeler à la mémoire collective. Sur quel compte mettez-vous cette drôle de façon de secouer le cocotier? De l’opportunisme? Ou du cynisme?
Sans être nécessairement d’accord avec vous sur l’utilisation du vocable «plupart» dans ce cas-ci, je dirai, en tout cas pour ceux-là qui l’ont fait et/ou continuent à le faire, que c’est tantôt l’un, tantôt l’autre, tantôt tous les deux, cynisme et opportunisme. Que certains le fassent est tout à fait normal. Ça fait partie d’une certaine pratique et/ou conception de la politique.

Mais, que tout le monde ou que la grande majorité des politiques d’une société le fasse, c’est cela qui devient inquiétant! En tout cas, le plus grave et le plus dramatique serait que le peuple échoue constamment de définir et de reconnaître ceux-là pour ce qu’ils sont effectivement, des cyniques et des opportunistes.


11. Ces jours-ci, la scène politique congolaise est prise par une sorte d’hystérie où tous les coups sont permis. Ici, c’est le Mlc et le Pprd qui se canardent ; là-bas ce sont les ministres limogés qui déballent le chef de l’État pendant que l’on observe de l’autre côté quelques attaques à fleurets mouchetés. Qu’est-ce que tout cela vous inspire ?

A vrai dire, cela m’inspire beaucoup d’inquiétude. Inquiétude pour ce pays. Inquiétude pour ce peuple qui a tant souffert au cours du dernier siècle et qui paraît, avec tout cela, être loin de voir la lumière au bout du tunnel. Plus profondément et plus préoccupant, tout cela peut, à quelques mois de la fin théorique de la transition, de sa phase la plus importante et la plus longue tout au moins, signifier que l’un des objectifs majeurs de la transition, à savoir «la réconciliation nationale», et partant, la transition elle-même sont fortement menacés.

Dans la mesure où nul ne met en doute le fait que l’on peut facilement passer de la violence verbale à la violence physique et/ou armée. Que penser d’ailleurs, sinon donc, de l’après-transition si les élections devaient se tenir dans un tel climat d’animosité et de méfiance profondes, surtout que les uns et les autres pourraient encore disposer des forces armées non intégrées? Voilà une question que je laisse bien à la méditation de tous vos lecteurs et du peuple congolais en général.

Le 30 juin 2005, c’est quoi pour vous? La fin du monde? La terre va-t-elle cesser de tourner ? Un saut dans l’inconnu? Pour moi, le 30 juin 2005 sera le triste 45ème anninversaire de «l’indépendance» (formelle) du Congo.
Ce ne sera pas la fin du monde et, croyez-moi, la terre ne cessera pas de tourner. Un saut dans l’inconnu? Peut-être, mais cela dépendra de la preuve que les hommes «politiques» congolais sauront ou non faire de leur maturité. Cela dépendra aussi de la preuve qu’ils sauront ou non faire de l’amour qu’ils portent ou non à ce pays et à ses hommes. Le processus continuera, sous une forme ou sous une autre, sous la forme présente ou sous une autre, jusqu’à ce que tôt ou tard les élections soient organisées dans ce pays.

Mon espoir et mon souhait sont que cela se passe plus tôt que plus tard et que les prochaines soient des élections utiles, car celles-là seules sauront aider à mettre fin à la misère du peuple congolais. N’oublions pas qu’au cours des deux derniers siècles, Haïti qui a eu son indépendance 156 ans avant le Congo a organisé plusieurs élections, les unes plus transparentes et plus crédibles que les autres, mais dont aucune n’a été véritablement utile, dans la mesure où celle-là au moins aurait réussi à lui permettre de juguler son interminable crise politique.

Point n’est besoin de dire que, chaque fois que j’y pense et il m’arrive sans doute de le faire assez souvent, une angoisse profonde m’envahit à propos de ce pays que j’aime tant et de son peuple qui a tant souffert, car j’ai réellement peur que ce pays, le mien, n’ait emboîté tristement le pas à Haïti.

Il ne s’agit pas là d’un spectre que l’on devrait simplement conjurer, mais contre lequel des hommes et des femmes qui aiment réellement ce pays devraient se mobiliser et donner le meilleur d’eux-mêmes.