NULLE RÉPUBLIQUE NE PEUT SURVIVRE À LA MAGOUILLE !
Kinshasa, le 04 janvier 2005

En 1848, dans "l'Avertissement" à son célèbre ouvrage "De la Démocratie en Amérique", Alexis de Tocqueville a émis une pensée dont la pertinence, la profondeur et la sagesse n'ont, depuis, fait que s'affirmer par delà les âges et les lieux. Je tiens ici, instamment, à recommander à mes compatriotes de méditer sérieusement là-dessus, surtout à la lumière du malaise dans lequel patauge la transition et aussi du comportement hautement anti-républicain qu'exhibent certains hommes politiques congolais au sommet de l'Etat et dont le remaniement ministériel que le Président de la République vient de rendre public recèle des éléments symptomatiques excessivement inquiétants:

"Les lois de la République française peuvent et doivent, en bien des cas, être différentes de celles qui régissent les États-Unis, mais les principes sur lesquels les constitutions américaines reposent, ces principes d'ordre, de pondération des pouvoirs, de liberté vraie, de respect sincère et profond du droit sont indispensables à toutes les Républiques. Ils doivent être communes à toutes, et l'on peut dire à l'avance que là où ils ne se rencontreront pas, la République aura bientôt cessé d'exister " (Alexis de Tocqueville, De la Démocratie en Amérique, Avertissement).

En effet, en examinant la composition actuelle de la délégation de la Composante Opposition Politique au Gouvernement, il appert que M. Arthur Z'Haidi Ngoma, le Vice-Président de la République pour le compte de la Composante Opposition Politique, a commis un acte politique hautement grave en ignorant, en violation flagrante des textes et des procédures en cours au sein de la Composante, les décisions de la Province du Kasaï Oriental qui avait été dûment mandatée par la Composante pour décider en la matière. Ce ne serait donc ni inutilement grincheux ni particulièrement méchant de dire que, ce faisant, M. Z'Haidi Ngoma s'est substitué à la Composante et a violé intentionnellement la Constitution de la transition dans un certain nombre de ses dispositions, notamment l'Art. 89 qui stipule clairement qu'il revient "aux Composantes et Entités du Dialogue inter-congolais" et non, aux Vice-Présidents, de proposer, pour nomination, les ministres et les vice-ministres.

Sans nul doute, si le problème était que M. Z'Haidi n'a pas aimé les décisions de la Province, eût-il été animé du sens d'équité et du respect profond de la souvaireneté populaire, lesquels fondent le véritable leadership (républicain), il aurait dû soit demander à la Province de reconsidérer ses décisions soit les faire débattre au sein de la Componsante. Mais, choisir simplement de passer outre les décisions de la Province et de décider et à sa place et à la place de la Composante est tout à fait inacceptable. Que dire aussi du peu de cas qu'il a fait du temps (C'a pris des semaines!) que ses collègues ont consacré à ces questions et du mépris qu'il semble avoir recelé et pour eux-mêmes et pour leur travail?

En somme, ce qui vient de se passer est le couronnement de l'effort que M. Z'Haidi déploie, depuis le début, pour réduire la Composante à sa propre personne et les intérêts de la Composante à ses intérêts propres et/ou à ceux de sa camarilla. Il s'agit là d'un comportement politique pernicieux qui doit révolter tout démocrate, tout républicain, tout esprit épris d'équité et de justice, et je dirais même tout simplement quiconque veut du bien à ce pays. Il s'agit d'un acte politique excessivement grave qui ne doit pas nous laisser indifférents et qui ne doit pas passer sans conséquences. Certes, l'on ne ne pourra pas espérer mettre un terme au processus de dégénérescence continue dans lequel le Congo se trouve embarqué si l'on continue à tolérer les comportements qui ont présidé à l'amorce de cette descente interminable en enfer et qui continuent à entretenir la déchéance.

Ce que M. Z'Haidi vient de faire n'est pas de la politique, c'est ce que nous avons appris a nommer, à juste titre d'ailleurs, de la "poliégotique", entendez par là l'effort et la pratique qui tendent à assujettir les intérêts collectifs à des intérêts individuels. Ce n'est nullement de cette manière que l'on pourra changer ou sauver le Congo. L'on ne peut, en aucun cas, espérer construire ni un nouveau Congo, ni un État de droit, ni une société démocratique en tolérant les pratiques actuelles qui consistent à réduire les institutions à ceux qui les dirigent. Un État ne peut être réduit à son chef et survivre. Un gouvernement ne peut être réduit à celui qui le dirige et continuer à servir un pays. Un Parlement ne peut être réduit à son président et continuer à représenter valablement un peuple!

Il s'agit donc ici, de notre part, ni d'attaquer un homme ni de défendre quelques individus ou quelques intérêts partisans. Il s'agit pour nous de défendre la Constitution et la République. M. Z'Haidi doit être interpellé et il doit produire la décision de la Composante qui lui a permis de faire ce qu'il a fait. Faire autrement et se taire c'est trahir tous les espoirs du peuple congolais et condamner ce pays à jamais. Le peuple congolais doit comprendre que, s'il veut se donner les chances d'une vie meilleure, il doit apprendre à défendre sa Constitution, ses textes et ses lois. Et comme Albert Einstein l'a dit, la Constitution d'un pays n'a de sens que si chaque citoyen se mobilise pour la défendre! En nous prononçant ici sur cette question, alors même que nous n'étions personnellement intéressé ni de loin ni de près au remplacement des ministres sortants et que nous nous étions dès le départ (l'année dernière) opposé à la sélection des ministres de la Composante Opposition Politique sur une base provinciale dans la mesure où les délégués de la Composante aux négociations étaient partis représenter non point leurs provinces d'origine mais plutôt des formations politiques, nous ne faisons que faire notre part pour défendre la Constitution et, partant, les intérêts de la République!

Kinshasa, le 04 janvier 2005.

Dr. Alafuele Mbuyi Kalala
Député
Président du Rassemblement pour une Nouvelle Société (RNS)