La République Démocratique du Congo:
Et Enfin Sonne l'Heure de la Décision!

Dr. Alafuele Mbuyi Kalala
Président du Rassemblement pour une Nouvelle Société (RNS)

Kinshasa, le dimanche 26 février 2006

Mes chers compatriotes,

C'est pour nous un très grand plaisir de nous adresser à vous en ce moment après un très long voyage qui nous a fait visiter plusieurs pays sur trois continents : l'Europe, l'Amérique ainsi que l'Afrique.

Tout au long de ce voyage, nous avons eu, comme préoccupation principale, un plaidoyer en votre faveur, en faveur de notre peuple qui a énormément et inutilement souffert au cours du siècle passé. Nous avons parlé, de vous, du Congo, de son peuple aujourd'hui miséreux , à des décideurs politiques, des hommes d'affaires, à des activistes politiques, et à des citoyens ordinaires. Nous leur avons fait comprendre que, depuis des décennies, vous vous battez contre des ennemis intérieurs qui jouissent d'un énorme soutien extérieur, et qu'afin de vous aider efficacement dans votre lutte pour la libération de notre pays, il nous faut absolument créer une coalition internationale du type de celle qui a aidé l'Afrique du Sud à mettre fin au régime de l'apartheid. L'on nous a entendu : cette coalition est en cours, et nous tenons à vous rassurer ici qu'il y a aujourd'hui, dans le monde, énormément de sympathie à l'égard du peuple congolais et beaucoup de volonté pour nous épauler dans notre lutte pour le changement, c'est-à-dire pour la liberté et la dignité humaine.

Certes, les autres citoyens du monde veulent nous aider, mais à une condition, nous a-t-on dit : Que vous vous montriez réellement déterminés dans votre lutte et que vous fassiez preuve de suffisamment de maturité politique au cours de prochaines échéances électorales, c'est-à-dire que vous soyez en mesure de choisir des hommes et des femmes qui disposent de véritables qualités de leadership et qui aient réellement à coeur vos intérêts, les intérêts du Congo, les intérêts de l'Afrique et de l'ensemble de l'humanité.

En d'autres mots, cela veut dire :

1. Que vous, Congolais et la Congolaises, vous vous montriez déterminés à prendre votre destin en mains. Que vous montriez que vous comprenez que c'est de votre destin et de celui de vos fils, petits-fils et arrière-arrière-petits-fils qu'il s'agit et que le pouvoir dont il est question c'est votre pouvoir que vous devez, de votre propre volonté, octroyer aux uns et aux autres. Efin, que vous montriez que vous n'êtes pas prêts à céder ni au chantage ni à la manipulation, car sans une telle détermination l'aide des autres ne servira à rien.

En l'occurrence, prenons le cas des cautions exhorbitantes non-remboursables et injustifiables que l'on aimerait imposer aux candidats aux prochaines élections dans un pays, la République Démocratique du Congo, où le revenu annuel par tête d'habitant est de moins de cent dollars et où plus de 8o % de la population vit avec environ 135 FC (francs congolais) par personne et par jour.

DE QUOI EST-IL REELLEMENT QUESTION AVEC CES CAUTIONS ?

La réponse à cette question est très simple :

« IL S'AGIT DE LIMITER VOTRE LIBERTE DE CHOISIR ET DE VOUS PRESENTER, AFIN DE PERMETTRE A QUELQUES-UNS DE MONOPOLISER LE POUVOIR ! »

MAIS, COMMENT DEVRIEZ-VOUS ALORS REAGIR ?

A défaut de faire empêcher ces cautions injustifiées et injustifiables, les quatre pistes ci-après se présentent à vous :

a) Les attaquer comme une violation de la Constitution qui a été promulguée le samedi 18 février et qui, en son Article 13, stipule explicitement ceci : « Aucun Congolais ne peut, en matière d'éducation et d'accès aux fonctions publiques ni en aucune autre matière, faire l'objet d'une mesure discriminatoire, qu'elle résulte de la loi ou d'un acte de l'exécutif, en raison de son origine familiale, de sa condition sociale, de sa résidence, de ses opinions ou de ses convictions politiques, de son appartenance à une race, à une ethnie, à une tribu, à une minorité culturelle ou linguistique. » (Art. 13 de la Constitution de la République Démocratique du Congo du 18 février 2006).

En effet, imposer des cautions exhorbitantes auxquelles la quasi-totalité des citoyens congolais ne peuvent faire face, c'est exclure les gens sur la base de la propriété et donc de leur condition sociale. C'est aussi vider de sa substance l'Alinéa 4 de l'Article 5 de cette même Constitution qui pose le droit d'éligibilité de tout citoyen congolais jouissant de ses droits politiques et civils.

b) Attaquer ces cautions comme une violation flagrante de la Déclaration universelle des droits de l'homme qui, en son Article 21 stipule clairement ce qui suit :

« 1. Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.

2. Toute personne a droit à accéder, dans des conditions d'égalité, aux fonctions publiques de son pays.

3. La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal et au vote secret ou suivant une procédure équivalente assurant la liberté du vote. » (Article 21 de la Déclaration universelle des droits de l'homme)

Il est évident qu'imposer des cautions exhorbitantes qui sont au-dessus de la bourse de la quasi-totalité des citoyens, c'est créer des conditions inégales d'accès aux fonctions publiques et vider de tout son sens l'Alinéa 1 de l'Article 21 de cette Déclaration.

c) Attaquer ces cautions comme une violation du Pacte international relatif aux droits civils et politiques que le Congo a ratifié et qui, en ses Articles 25 et 26, posent clairement ce qui suit :

1. Article 25 : « Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l'article 2 et sans restrictions déraisonnables:

1. Article 25 : « Tout citoyen a le droit et la possibilité, sans aucune des discriminations visées à l'article 2 et sans restrictions déraisonnables:

a) De prendre part à la direction des affaires publiques, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis;

b) De voter et d'être élu, au cours d'élections périodiques, honnêtes, au suffrage universel et égal et au scrutin secret, assurant l'expression libre de la volonté des électeurs;

c) D'accéder, dans des conditions générales d'égalité, aux fonctions publiques de son pays. » (Pacte international relatif aux droits civils et politiques)

2. Article 26 : « Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. A cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d'opinion politique et de toute autre opinion, d'origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation.» (Pacte international relatif aux droits civils et politiques)

Evidemment, nul ne saurait défendre valablement qu'introduire des cautions exhorbitantes, non-remboursables par ailleurs, n'est pas introduire une forme de discrimination basée sur la fortune et partant une violation de ces Articles du Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

AU RESTE, POURQUOI NE SE PREOCCUPE-T-ON PAS DE LA SOURCE DE LA CAUTION A PAYER ? SERAIT-IL NORMAL DE DEVALISER UNE BANQUE POUR PAYER LESDITES CAUTIONS ?

Si la réponse à cette question est négative, il devrait être tout autant inacceptable de s'imaginer que ces cautions risquent fort bien d'être, pour certains tout au moins, payées avec votre argent, mais sans votre consentement, car il s'agira très probablement de l'argent tiré, d'une manière ou de l'autre, de la caisse de l'Etat.

d) Vous mobiliser, en tant que citoyens, pour déjouer le complot, en participant, comme c'est le cas dans tous les pays qui fonctionnent normalement, au financement de vos choix. En effet, si CHACUN DE VOUS accepte de sacrifier, en moyenne, trente francs congolais, soit moins d'un dizième du prix d'une bouteille de bière, vous vous donnerez ainsi la possibilité de présenter, en nombre suffisant, des candidats de votre choix aux prochaines élections présidentielles et parlementaires. En agissant de la sorte, vous aurez non seulement montré votre détermination à prendre votre propre destin en mains, mais vous aurez aussi fait preuve d'autant de maturité politique que nécessaire pour contourner les efforts qui sont faits pour vous priver de certains de vos droits fondamentaux, votre liberté de choix et votre droit d'éligibilité.

À ce propos, il importe aussi que nous insistions sur le fait que, partout dans le monde où les choses marchent, c'est le peuple qui finance ses candidats aux postes politiques et non, comme ça se passe ici chez nous, les candidats qui doivent corrompre leurs concitoyens pour recevoir des mandats politiques. Il m'est absolument d'avis que tant que nous ne nous débarrasserons pas de ce comportement étrange, nous laisser corrompre par des soi-disant hommes politiques avec des sommes modiques et compromettre ainsi notre avenir et celui des nôtres et de nos progénitures, rien ne changera fondamentalement dans notre pays.

2. Deuxième condition (afin de bénéficier efficacement de l'aide des autres) : Que vous fassiez preuve d'une compréhension nette de ce que c'est qu'un vote !

LE VOTE EST UNE DECISION SUR VOTRE DESTIN.

Il revient donc à ceux qui comprennent cela de travailler d'arrache-pied à le faire comprendre aux autres, car c'est à ce prix seulement qu'en tant que peuple, vous saurez choisir des dirigeants dignes de ce nom, des dirigeants responsables et qui auront à coeur les intérêts de tous et les intérêts du pays.

Par contre, si vous donnez demain votre vote à quelqu'un simplement parce qu'il est de votre groupe ethnique ou parce qu'il vous aura corrompu, en vous offrant peut-être seulement une bouteille de bière ou un verre de sucré, vous aurez banalisé complètement le vote et vous aurez dit en même temps que votre avenir et celui de vos enfants ne vous intéressent pas.

C'est en somme ici l'occasion de nous poser tous la question suivante :

« POURQUOI SOMMES-NOUS EN TRAIN DE NOUS ENGOUFFRER ALORS QUE D'AUTRES PAYS DU MONDE PROGRESSENT ? »

La réponse à cette question est très simple :

« La cause essentielle de votre situation de misère chronique et de souffrances indicibles est le manque de leardership, ou tout au moins d'un bon leadership, au cours de dernières décennies ».

Le pays ne pourra donc s'en sortir qu'avec la détermination de tous de confier les responsabilités de l'Etat à des femmes et à des hommes nouveaux qui incarnent effectivement la volonté de changement, d'un véritable changement, et non d'une illusion de changement qui reviendra finalement à la consécration du statu quo : « Eh ! Oui, le sommet, la tête, compte plus que tout le reste ! »

En somme, le football peut bien illustrer cela : Quand une équipe a perdu un tournoi et si l'on veut la préparer pour sortir gagnante au prochain tournoi, ne commence-t-on pas par changer d'entraîneur ? N'est-ce pas après seulement que l'on songe à changer ceux des joeurs qui ne se sont pas montrés à la hauteur de la tâche ?

Il en va de même dans la vie des nations. Le sommet est l'entraîneur. Tout autant que lui, il a l'obligation du résultat, et la victoire dans la vie d'une nation n'est rien d'autre qu'une vie plus aisée, plus digne, plus décente et plus épanouissante !

Voilà donc, mes chers compatriotes, les deux conditions (vous montrer déterminés et vous préparer à faire un vote valable), des conditions très simples, que, vous devez remplir pour montrer que vous voulez prendre votre destin en mains et afin de bénéficier d'un concours efficace des autres citoyens du monde. Nous espérons bien que vous n'allez pas nous décevoir sur ce point, car nous allons continuer à être votre avocat dans le monde.

Le défi que nous vous lançons alors en ce moment est donc le suivant :

« Allez-y travailler d'arrache-pied et avec détermination au cours de ces quelques prochains mois, et, avec le soutien des autres citoyens du monde, vous allez sûrement vous donner la chance de faire de la misère et de l'indignité des tristes épouvantails du passé ».
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Quand nous sommes revenu dans ce pays au mois d'Août 2003, après plus de 25 ans d'absence continue, nous avons dit que nous avions finalement, après un combat politique de plus de trente ans, choisi de consacrer le restant de notre vie à votre cause, c'est-à-dire à travailler avec détermination pour vous faire sortir des ornières de l'abrutissement, de la misère, de l'indignité et de l'indigence dans lesquelles certains aimeraient vous maintenir à jamais.

C'est pourquoi fidèle à cet engagement, nous sommes heureux de vous annoncer aujourd'hui qu'après des consultations extensives avec nos amis, les membres du RNS, tous nos alliés politiques et sociaux, et toute notre base politique, nous avons décidé, dans l'intérêt du peuple congolais et de l'avenir de notre pays, de nous présenter aux prochaines élections présidentielles.

Cette décision ne nous concerne pas nous seul. Elle vous concerne, car c'est de votre avenir et de l'avenir de pays qu'il s'agit ici. C'est pour cela d'ailleurs que nous aimerions ici demander à tous ceux qui souhaitent réellement voir un véritable changement, une véritable refondation morale et politique de notre République, se produire dans ce pays de se rallier à cette décision et de se rassembler dans une très large coalition pour le changement que nous sommes en train d'ingénier et à laquelle nous vous convions tous en ce moment. Nous pensons, en toute humilité, que nous répondons à toutes les exigences universellement admises qu'il faut pour présider valablement aux destinées d'un peuple : formation, sens d'équité et de justice, vision, expérience et compréhension d'une société, le Congo en l'occurrence, et du monde, et surtout la détermination et la volonté de donner le meilleur de soi-même pour le bonheur de tous ! Et nul ne saura nous contredire sur ce point, car toute notre vie en est un témoignage éloquent.

En tout cas, nous allons continuer nos consultations dans les prochains jours et les prochaines semaines, car notre souci est de créer le rassemblement le plus large possible qui puisse non seulement aider le Congo à sortir de cette situation de dégénerescence continue, mais assurer la renaissance du Congo à partir d'une véritable refondation de notre République, c'est-à-dire de notre « chose publique et commune » qu'est notre État.

A ceux-là, de l'intérieur et de l'extérieur, qui ont peur du changement, d'un véritable changement, nous tenons ici à leur dire qu'ils doivent se sentir tous rassurés, ce changement que vous appelez de tous vos coeurs et de tous vos voeux sera aussi en leur faveur. Certes, en travaillant pour une société plus humaine et plus prospère, une société ouverte sur l'Afrique et sur le monde, nous ne pourrions que travailler en faveur de tous et y gagner tous collectivement.

Quoiqu'il en soit, le nôtre est ici un appel lancé à tous, Congolais, Congolaises, Africains, Africaines, tous, hommes et femmes de bonne volonté à travers le monde, qu'ils puissent accepter de se joindre à nous dans cet effort gigantesque et quasi-épique qui puisse nous permettre, en transformant réellement le Congo, d'aspirer collectivement à plus d'humanité et à l'avènement d'un monde meilleur dans lequel le bonheur sera accessible à tous et non l'apanage de quelques-uns. De toute façon, il ne fait point de doute que ce qui se passe actuellement au Congo, dans ce pays immense au coeur de l'Afrique, est à la fois tout à fait inacceptable et une souillure de la conscience de l'humanité.

Nous pourrios continuer encore pendant des heures, tellement nous avons beaucoup de choses à vous dire et qu'il s'agit ici d'une question qui nous passionne et dont nous ne pouvons nullement nous fatiguer de parler. Mais, nous préférons bien nous arrêter ici pour cette fois-ci.

Nous vous remercions pour toute votre attention, et c'est avec plaisir que nous entretiendrons toutes vos questions.