LE RASSEMBLEMENT POUR UNE NOUVELLE SOCIÉTÉ:
ESSENCE ET ENGAGEMENT

" La pauvreté et la misère ne sont une malédiction que là où le génie de l'esprit humain n'est pas mis à profit."
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Alafuele M. Kalala, D.Sc.

 

LA FORMATION

Quand j'ai réuni, au mois d'Octobre de l'année dernière, un groupe d'activistes zaïrois de la région de Washington, D.C. pour finaliser la formation du Rassemblement pour une Nouvelle Société (RNS) après plusieurs mois de consultation, les choses ne semblaient pas nécessairement présager favorablement. Six mois plus tard, la justesse de notre engagement ne fait plus de doute: Les Zaïrois sont capables de s'organiser eux-mêmes de manière hautement crédible pour avoir un impact et un mot à dire dans les affaires de leur pays. Les membres du Rassemblement se tiennent aujourd'hui fiers de ce qu¹ils ont réalisé à ce jour ; et j'aimerai profiter de cette occasion pour les féliciter vivement pour tout leur engagement.

Bien avant le début de la guerre dans l'est du Zaïre et avant le début de l'effort par l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo-Zaïre (AFDL) pour renverser M. Mobutu et son régime, j'avais entrepris une longue consultation avec divers membres de la communauté zaïroise au Zaïre et dans la diaspora afin d'examiner de plus près la crise zaïroise dans son ensemble et évaluer la meilleur façon d'y faire face. Après un examen minitieux de divers aspects de la crise, un consensus avait émergé qu'il nous fallait créer un mouvement de coalition qui soit un mouvement d¹avant-garde et qui rassemble en une force crédible, cohérente, et disciplinée les fils et filles du Zaïre qui tiennent à pourvoir la société zaïroise d'un leadership respectable, responsable, et dynamique : un leadership qui dispose d'une vision claire de l'avenir, qui soit responsable auprès du peuple, et qui soit décidé fermement à léguer aux générations futures un héritage de progrès continu. C'est ainsi que le RNS fut né le 23 Octobre 1996, et qu'il travaille depuis avec force résolution à pourvoir la société zaïroise d'un leadership nouveau, d'un leadership qui soit, à l'encontre de l'élite actuelle qui est une élite égocentrée et affamée de pouvoir, une élite au service des intérêts du peuple et de l'avenir du pays. Les membres du RNS sont donc les fils et filles du Zaïre qui croient que, quand une nation comme la nôtre est en ruine et qu'elle se trouve menacée de disparution, le pis et le plus impensable c'est pour les fils et les filles de cette nation de ne pas donner le meilleur d'eux-mêmes. Les membres du RNS sont donc les fils et les filles du Zaïre qui ont pris acte de la destruction de leur pays et qui tiennent à tout pris à avoir l'occasion de bâtir une société dynamique et vibrante à partir des cendres de leur pays et des souffrances de leur peuple. Les membres du RNS veulent donc à tout prix relever le plus grand défi de leur époque, qui est celui d'endiguer la dégénérescence continue de leur société; de donner un espoir renouvelé à leurs concitoyens; et de bâtir un État de droit qui leur offre à eux-mêmes et à leurs concitoyens la possibilité de réaliser toutes leurs potentialités et de mettre tous leurs talents et toutes leurs aptitudes au profit de leur société. Les membres du RNS veulent donc fournir aux générations zaïroises à venir un héritage de prospérité continue dont ils pourront être fiers. Inutile ici de dire qu'aucune gloire terrestre ne peut valoir plus que le destin d'un peuple. 

Grosso modo, le Rassemblement pour une Nouvelle Société (RNS) a cinq objectifs majeurs qui sont au coeur de ses efforts et qu'il veut être les lanternes qui éclairent ses actions :

 

LES OBJECIFS

1. Dresser à tous les niveaux de la société zaïroise un leadership nouveau, responsable, dynamique, et qui soit réellement à l'écoute du peuple et de ses aspirations.

2. Créer une société démocratique et un État de droit.

3. Poser les structures de base pour le développement d'une économie moderne et pour dégager toute l'énergie des initiatives individuelles et privées.

4. Reconstruire le tissu social et culturel de la société zaïroise.

5. Créer un cadre adéquat pour le développement d'une entreprise scientifique et culturelle endogène.

 

L'ENGAGEMENT

En d'autres mots, le Rassemblement pour une Nouvelle Société est fondamentalement engagé à pouvoir changer la nature de la politique zaïroise et la perception que l'homme zaïrois a du politique. Le RNS veut créer un environnement tel que des gens qui disposent de bonnes aptitudes de leadership s'engagent en politique pour influencer la décision politique et orienter la nature et l'avenir de leur société, pour servir les intérêts du peuple et de leurs bases politiques, et non pas pour y trouver un moyen facile pour eux dc se remplir les poches. Pour réaliser cela, le nouvel homme zaïrois se doit d'être profondément impliqué dans le dressage et la sélection de ses dirigeants qui n'auront alors aucun autre choix que d'être à son écoute. Pour ce faire, la nouvelle société zaïroise devra absolument permettre qu'une réelle compétition pour le pouvoir ait lieu constamment et que le secteur privé soit le véhicule approprié pour ceux-là qui veulent légitimement et honorablement accumuler de la richesse. Cela est non seulement possible. C'est tout-à-fait faisable ! Et il nous faut absolument le faire si nous voulons gagner le pari de l'avenir : bâtir une société dynamique et prospère dans laquelle des générations futures vont être fières et heureuses de vivre. Certes, tout leadership légitime est toujours une émanation naturelle d'un groupe, et c'est seulement de la manière dont il incarne les aspirations du groupe et dont il y répond plus ou moins pleinement qu'il trouve sa légitimité.

L'histoire d'un peuple est, après tous, toujours sa propre responsabilité et c'est donc toujours dans son sein -et nulle part ailleurs- qu'un peuple fait les choix qui déterminent son destin survie, progrès ou dégénérescence. Le Rassemblement pour une Nouvelle Société se veut ici de servir comme une lanterne puissante à ce voyage collectif. Et la bataille pour l'avenir ne sera gagnée -et elle se doit d'être gagnée aujourd'hui et non pas demain- seulement si nous -tous les Zaïrois- nous nous rallions aux cinq principes de base que le RNS vient de définir pour permettre à la transition de réussir au Zaïre. J'ai énoncé ces principes le 08 Avril 1997 dans mon témoignage devant la Sous-Comission sur l'Afrique de la Chambre des Représentants du Congrès américain et ils ont été publiés dans la page éditoriale du Washington Times le Samedi 26 Avril 1997 et quelques jours plus tard à la Une du journal Le Potentiel au Zaïre. Ces principes sont les suivants:



 

LES PRINCIPES

1. Le respect des droits de l'homme. Aucun gouvernement, qui ne montre son respect ni pour les droits de l'homme ni pour la dignité humaine, ne pourra mériter notre considération. Certes, rien ne vaut la peine d'être fait, qui ne soit fait ni pour l'homme ni avec égard à la dignité humaine.

2. La liberté d'expression. Un gouvernement qui, sous quelque prétexte que ce soit, se met à étouffer la liberté d'expression devra être traité de paria. Car, pour tout gouvernant qui agit en conformité avec les intérêts du peuple qu'il est censé représenter, la liberté d'expression ne devra être d'aucune menace. Souvent, la raison d'État s'avère simplement être la raison prosaïque du groupe au pouvoir.

3. Le pluralisme politique. Organiser est l'acte politique par essence; et la liberté d'association, qui permet aux individus de capitaliser leur tendance naturelle à collaborer avec les autres pour mieux servir leurs intérêts communs, doit être considérée par tous comme l'un des droits de l'homme et l'un des droits civiques les plus fondamentaux.

4. L'émergence naturelle d'un nouveau leadership à tous les niveaux de la société. Une des caractéristiques singulières de la société zaïroise aujourd'hui, et qui peut se prolonger ou se reproduire encore dans l'avenir si des mesures adéquates ne sont pas prises dès à présent, est que la classe politique zaïroise est restée gelée au cours des quatre dernières décennies. Inutile de dire à ce propos qu'aucune société ne peut se développer et progresser si elle ne renouvelle pas sa classe politique.

5. L'emploi rationnel des ressources du pays au bénéfice du peuple et dans le cadre de l'économie du marché. La pauvreté et la misère ne sont une malédiction que là où le génie de l'esprit humain n'est pas mis à profit. L'État a sa conscience qui ne peut pas nécessairement être aussi créative que la conscience des individus. En effet, l'immensité de L'Éat et son caractère essentiellement impersonnel ne peuvent pas lui permettre de connaître les besoins réels des individus autant que les individus eux-mêmes. Après la catastrophe qu'a été l'État tout-puissant de M. Mobutu, la dernière chose dont les Zaïrois peuvent avoir besoin est un autre État puissant qui leur donne des ordres et qui choisisse encore à leur place. 

Ces principes doivent être respectés par tous, par toutes les forces politiques zaïroises, l'opposition traditionnelle, les forces de l'Alliance, et la communauté internationale, non seulement pour que la transition se fasse paisiblement au Zaïre, mais aussi et surtout pour permettre au pays de se ressaisir et de s'engager sur la voie d'un avenir meilleur. Tout autre chose s'avérera tôt ou tard n'avoir été qu'une trahison malheureuse des aspirations et des attententes les plus profondes du peuple Zaïrois.

Dr. Alalfuele M. Kalala
Président, Le Rassemblement pour une Nouvelle Société
Washington, D.C., le 11 Mai 1997