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RDC-Insécurité
alimentaire : Les partenaires occidentaux
au chevet du Congo pendant que les Congolais
eux-mettent se remettent aux travaux
des champs et à l’élevage à domicile
Par Juakali Kambale
Kinshasa, 1er mars 01 : Le
paradoxe est frappant . Prétendre être riche et crier famine. Telle
est la situation de Kinshasa, la capital de la République Démocratique
du Congo et celle du pays en général. Paradoxe, en effet, quand
on pense qu’un fleuve plein de poissons passe pratiquement à travers
la ville. Quand on pense que, contrairement aux autres pays, sahéliens
en l’occurrence, la RDC ne connaît pas de sécheresse. Et pourtant,
la famine fait désormais partie du quotidien du Kinois, conséquence
d’interminables guerres et rébellion qui, depuis fin 96, ont fini
par laminer ce qui restait du tissu économique congolais. Au point
que la Fao(organisation des Nations Unies pour l’alimentation et
l’agriculture) a dû tirer sur la sonnette d’alarme : moins de 10%
de la population de la capitale congolaise mange à sa faim. Autrement
dit, sur les 7 millions d’habitants(réfugiées compris) que compte
Kinshasa, seules environs 700 000 personnes n’ont à proprement parler,
pas de soucis à se faire pour leur alimentation quotidienne. C’est
donc la grande majorité de cette mégapole qui se trouve dans une
insécurité alimentaire chronique, avec, en premier lieu, les 2 ou
3millions de déplacés de guerre et réfugiés qui gonflent dangereusement
le nombre de la population
La sous-alimentation expose les Kinois à toutes sores de maladies
dont une sorte de pandémie de paludisme, de tuberculose, de polio
et de sida. Même la trypanosomiase, pourtant depuis longtemps éradiquée
en RDC, a fait une spectaculaire réapparition à Kinshasa.
L’appel de la Fao a été entendu par certains partenaires du Congo
quiont immédiatement réagi. Les Etats-Unis ont promis une aide de
10 millions de dollars destinés particulièrement aux organismeshumanitaires
qui s’occupent des réfugiés, des délacés de guerre et de l’enfance.
L’Union européenne a débloqué 35 millions de dollars d’aide alimentaire
tandis que l’Italie a offert700 000 dollars. Quant au gouvernement
congolais, il vient de décider de consacrer l’équivalent de 1 million
de dollars à combattre l’insécurité alimentaire à Kinshasa.
Plutôt apprendre à pêcher que d’offrir du poisson
Parallèlement à toutes ces interventions ponctuelles, la France
et la Fao ont choisi de travailler plus durablement en privilégiant
la recherche sur l’alimentation de base de la population congolaise
et du Kinois en particulier. Il s’agi d’améliorer la culture du
manioc et de la patate douce. Aliments de base de 70% de Congolais,
le manioc et la patate douce auraient été trop longtemps négligés.
Les variétés disponibles pour les agriculteurs sont peu nombreuses
et, selon M. Bernard jean, ingénieur agronome et expert de l’ambassade
de France à Kinshasa en la matière, cette situation a favorisé la
diffusion rapide des maladies des plantes. La France et la Fao comptent
travailler de concert pour multiplier et distribuer de nouvelles
variétés résistantes de manioc et de la patate douce afin de réhabiliter
la production.
Depuis quelques années, en effet, la production de ces deux denrées
est sérieusementmenacée en raison d’une recrudescence de maladies
, due essentiellement à l’emploi d’un matériel génétique dégénéré
ainsi qu’à des pratiques culturales généralement non appropriées.
A Kinshasa, le manioc et spécialement ses feuilles, jouent un rôle
capital dans la sécurité alimentaire. Les feuilles de manioc constituent
un légume très consommé, disponible toute l’année et surtout plein
de protéines, de vitamines et de minéraux. La tubercule quant à
elle, est non seulement importante pour l’alimentation humaine,
elle constitue également une source très appréciable de revenus,
surtout pour les petits producteurs. Comme pour le manioc, les tubercules
comme les feuilles de la patate douce sont consommées, plus particulièrement
à Kinshasa.
Compte tenu des circonstance de la guerre qui paralyse la moitié
du pays, le projet Fao-France ne concerne que 4 provinces : la province
urbaine de Kinshasa, le Bandundu, le Bas-Congo et le Katanga, soit
une population de 20 millions d’habitants ou 39% de la population
totale du pays. Selon M. Bernard Jean, les travaux de champs seront
effectués en collaboration avec l’institut national pour l’étude
et la recherche agronomique(INERA), des Ongs et certaines associations
religieuses : « Quatre variétés de manioc résistantes aux maladies
sont au stade de vulgarisation par le programme national Manioc(PNM)
tandis que la lutte biologique contre l’acarien vert est développée
conjointement avec l’institut international d’agriculture tropicale(IITA)
basé au Nigeria».
La stratégie du projet consiste à utiliser la variétés résistantes,
la lutte biologique et des techniques culturales améliorées, une
approche participative qui, en principe, doit augmenter le niveau
de production agricole et de revenus des paysans. « L’approche participative,
dite également, l’Ecole paysanne, a donné de bons résultats dans
plusieurspays d’Asie et d’Afrique, rassure le professeur Masimango
de la faculté d’agronomie de l’université de Kinshasa et expert
de la Fao en matière de recherches agronomiques. Elle permet d’assurer
une meilleure adoption et diffusion de programmes de gestion intégrée
des pestes du manioc et de la patate douce ».
Fonctionnaire et paysans aux champs
Face à la menace et à l’installation de la famine, les Congolais
ont vite fait de de se remettre aux travaux des champs. Fonctionnaires
de l’Etat et les opérateurs économiques se disputent les terres
arables de la périphérie de la capitale avec les paysans. Le plateau
des Bateke, à une centaine de km de Kinshasa, offre d’immenses opportunités
pour des cultures à grande échelle. Malheureusement, le site a le
désavantage de se situer loin de la ville. Ce qui décourage beaucoup
de bonnes volontés, mais les plus audacieux ont réussi à braver
la longue distance et se rendent dans les champs les week-ends.
« J’ai planté du manioc, de la patate douce mais ce n’est pas facile
car les champs se retrouvent à la merci des voleurs qui habitent
le plateaux, explique Raphaël Kupanya, fonctionnaire. Non seulement
les boutures sont pratiquement introuvables mais quand on n’en trouve,
elles sont à moitié de mauvaise qualité ».
Mais il n’empêche. Cet engouement généralisé vers la culture des
champs a permis quelque peu aux Kinois, de subvenir aux besoins
alimentaires primaires. Il convient d’admirer particulièrement le
courage de la femme kinoise qui arrive à tirer d’un sol sablonneux
e la capitale congolaise suffisamment de légumes pour assurer le
quotidien des 7 millions d’habitants que compte Kinshasa. Chaque
espace exploitable est utilisé au maraîchage. Ainsi, tous les matins
et au coucher du soleil, les femmes de Kinshasa, arrosoirs en mains,
forcent les légumes à émerger du sol. Deux ou trois semaines suffisent
à ces maraîchères pour présenter les légumes sur les étalages du
marché. Agnès Kwambalindi, une des maraîchères se félicite d’avoir
quitté son travail d’aide-soignante pour son jardin : « J’ai quatre
parterres où je cultive toutes sortes de légumes. J’ai dû quitter
mon travail d’aide-soignante à l’hôpital où j’étais mal payée. Avec
mon petit jardin, j’arrive, non seulement à nourrir mes quatre enfants
mais aussi à leur payer les études ».
Les 2 millions de déplacés de guerres se sont également donné à
cette agriculture de subsistance autour de leur lieu d’hébergement.
Mikondo, une banlieue de Kinshasa héberge près de 700 mille déplacés
de guerre. Ils reçoivent généralement des légumes secs qu’ils revendent
la plupart des fois parce que le genre de légumes ne font pas partie
de leurs habitudes alimentaires. Avec les jardins individuels, ils
peuvent soit mieux se nourrir soit remplacer les légumes reçu des
organismes humanitaires par ceux, plus frais, des jardins.
Côté protéines animales, les Congolais se sont également donné aux
élevages individuels dans leurs parcelles. Grâce à l’assistance
des ongs de développement, ils ont appris à élever des poulets de
chair et de ponte, des canards, et des lapins. Certains, plus audacieux,
élèvent des porcs . « Il suffit d’être très sévère avec la propreté
mais l’élevage des porcs est très productif » déclare M. Okelo Chuma,
fonctionnaire mais également éleveur de porcs à ses heures libres.
En ville, le Kinois moyen ne va pas au restaurant pendant les heures
de repos. Il se rend au coin de la rue où les femmes commerçantes
ont installé de petites structures de restauration rapide et souvent
à emporter. Un sandwich à l’omelette suffit généralement à lui donner
l’illusion d’avoir mangé. Malheureusement, d’illusions en illusions,
il en arrive à oublier de s’alimenter correctement et se retrouve
souvent en situation de sous-alimentation, avec tout ce que cela
comporte comme inconvénient sur sa santé. Un séminaire sur la lutte
contre le paludisme qui vient de se terminer à Kinshasa a notamment
démontré combien la sous-alimentation à très forte proportion dans
la capitale congolaise expose la population aux effets néfastes
des maladies comme la malaria. Catastrophe sociale au même point
que le sida, la malaria emporte chaque année, environ 1 millions
de Congolais. Elle est également la principale cause de la perte
de la production agricole. Autrement dit, la principale cause de
la famine.
Lutter contre la maladie, c’est sûrement garantir les chances de
survie des Congolais. Et visiblement, ceux-ci ne peuvent pas s’en
sortir tout seuls. C’est peut-être ce qu’a compris l’Union Européenne
qui, à la suite de changement politiques intervenus en République
Démocratique du Congo envisage de reprendre la coopération structurelle
avec Kinshasa. (fin)
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